Les Martyrs de Dompierre Sur Mont

 

1984 - discourt du 40ème anniversaire de la tuerie du 11 juillet 1944.

 

 

Le 10 juillet après midi on apprend qu'une importante colonne allemande (des éléments de la 157éme division allemande composée de mercenaires Russes), se dirige de Lons le Saunier sur le plateau. Elle cantonne à Perrigny, Conliège, Revigny, Poids de Fiole et Nogna.

            On est à l'aube du mardi 11 juillet 1944. Le village a été jusque là tranquille. Un barrage seulement à 2 km environ, à la limite de Marnèzia et de Dompierre témoigne de la résistance dans la région. Ce barrage, ce sont les jeunes gens du pays qui l'ont établi, Comme ils ont monté la garde au téléphone, comme ils ont rendu d'autres services à leurs camarades combattants. S'ils n'ont pas eux-mêmes grossi les rangs du maquis, c'est que les armes manquent. Au reste la fenaison bat son plein, et bientôt la moisson aura besoin de tous les bras.

            Vers 6 heures donc, la tête de la colonne composée de cavaliers approche du barrage en "Préreau". Quelques rafales de fusils-mitrailleurs sont tirées du bois de Marnézia, lieudit "La Tessonnière". Les cavaliers ennemis débordent l'obstacle et se frayent un sentier à travers les blés jaunissants. Ils ont eu, à leur dire, un de leurs tué et deux blessés. Ils S'avancent sur Dompierre.

            Les Soldats déchaînés, le casque camouflé avec des branches, se dispersent en tirailleurs, encerclent le village, en tirant de toutes parts. Quand ils arrivent près du village, une moto de la résistance part du pays pour se rendre à Orgelet.

Les Allemands pénètrent dans le pays, entrent dans les maisons, en chassent les habitants, croyant voir partout des terroristes. La fusillade est intense, sans but précis; ils tirent en hurlant. Mr Merel, facteur receveur, rentrant de chercher du lait à la fromagerie est abattu d'un coup de fusil alors qu'il atteint le péristyle de la poste. Un cultivateur qui revient avec lui est également tué devant la boîte aux lettres.

            Des incendies sont allumés chez Faton Constant, chez Vauthey, Paul Bride, Gros, Futin, Faton Ernest et d'autres encore. Des vieillards, des femmes, des enfants viennent se réfugier à l'école; certains sont en chemise. Mme Vernier a un bras brisé. Les barbares rassemblent les hommes près de la place, choisissent les jeunes et emmènent dans la cour de Mr Vauchez, près la scierie. Ils sont alignés. "Viens ici dit on à l'un d'eux", il est questionné en bon français sur la maquis, puis 2 bourreaux se mettent à tirer sur ceux qui restent sur le rang. Gros tombe le premier. Une partie de cette cible vivante s'enfuit par le fond de la cour, mais hélas!, à part un qui se couche immédiatement dans les orties, tous sont atteints par les balles des brutes qui encerclent le village et sont tués aux abords de la scierie sauf 3 qui ne sont que blessés. Deux de jeunes tombent avec leurs camarades, l'un sans mal, l'autre un biceps traversé. Ils font les morts pendant qu'ils sentent les bourreaux dans le voisinage. Une rafales de mitraillette fait sauter la cervelle de Quelque unes des victimes éclaboussant jusqu'au toit la façade de la maison. Puis celui qui fût questionné est renvoyé chez lui. Et le défilé des cavaliers continue sur la route, Puis ce sont des camions. Alors les habitants rentrent chez eux et on s'affaire tant après les maisons en flamme qu'après les victimes. On apprend que Mlle Bride a été tuée chez elle. Mr le curé la trouve étendue en sortant une paillasse en flamme de sa chambre. Mme Moulet a été blessée dans sa cour. Presque toutes les maisons ont été bouleversées, fouillées, pillées.

             C'est alors que la salle de classe est transformée en Chapelle Ardente. Les meubles sont entassés dans un coin et les corps des victimes sont apportés là, enveloppés dans des draps maculés de sang. Il faut chercher dans les jardins pour trouver ceux qui sont morts en fuyant.

            On sauve ce qu'il est possible du feu. La lutte conte l'incendie est difficile faute de personnel. Des averses violentes entravent le travail. Des équipent de secours arrivent bientôt de Présilly, Marnézia,Mérona,Alièze. Il faut préparer l'enterrement : fosses, cercueils. Les fosses sont creusées une équipe d'homme des villages voisins: 7 individuelles, et une vaste pour 14 victimes; les cercueils sont fabriqués à la scierie par une autre équipe. D'émouvantes obsèques se déroulent le jeudi 13 juillet à 10 heures.

            Le 11 juillet 1948 une assistance nombreuse et recueillie est rassemblée ici même pour l'inauguration de ce monument commémoratif; monument érigé grâce aux nombreux dons des municipalités et des particuliers, les 2 députés Viatte et Edgar Faure.

 

La liste

 

Georges

Bride

93 ans

Victor

Bride

22 ans

Roger

Bride

22 ans

André

Bride

16 ans

Marcel

Bride

22 ans

Henri

Cabut

23 ans

Raoul

Chamberland

22 ans

Georges

Dufour

18 ans

Camille

Faton

20 ans

Georges

Faton

16 ans

Ernestine

Bride

72 ans

Michel

Gaillard

15 ans

Gilbert

Golfier

21 ans

Clovis

Grivey

32 ans

Elie

Gros

40 ans

Pierre

Jouhand

17 ans

Norbert

Merel

32 ans

Joseph

Treand

17 ans

René

Vernier

23 ans

Louis

Moullet

24 ans

Léon

Moullet

19 ans

Jeanne

Moullet

52 ans

 

La plaque commémorative

 

 

Le village vers cette époque, à gauche l'école en face de l'église

Le monument aux martyrs