Au point où la vallée de la Bienne vient se confondre
avec celle de l'Ain, apparaît le village de
Condes, sur l'emplacement
de l'antique Condate, ville celtique que les Romains se plurent
à embellir. Si de Condes
on remonte la vallée de la Bienne, on ne tarde pas à
apercevoir un étroit vallon bordé de hautes montagnes, au fond
duquel coule le ruisseau d'Héria. C'est au sommet et à la
naissance de cette gorge, que se trouvait le célèbre oppida, si
connu sous le nom de ville d'Antre,
Jeurre était au
confluent de l'Héria et de la Bienne.
L'énumération seule des édifices que ce village a perdu, suffira
pour faire comprendre qu'il a dû marquer, aux temps passés,
parmi les lieux les plus considérables du midi de la Séquanie,
et que sous les empereurs, son importance à dû égaler celle de
Condes. Un castrum ou
castellum était placé sur la pointe de la colline. Le
jésuite Dunod appelle ce quartier, Castellum gerrence,
et dit que de son temps, on voyait encore les grands débris de
la forteresse, dont une partie avait servi à la construction de
l'église. L'historien Dunod, plus digne de foi que son
oncle, dit aussi que l'église paroissiale était sur un roc
escarpé et accessible seulement du coté du village, et qu'on
voyait sur ce roc, les restes d'un bâtiment romain, temple ou
château qui communiquait à la rivière par un chemin couvert,
dont il a vu les vestiges. La ville basse occupait le pied de la
montagne. Son sol est parsemé de précieux restes d'antiquités.
On y a trouvé des inscriptions, des fûts de colonnes, des
corniches sculptées, des urnes de formes élégantes, des
mosaïques, des tablettes d'albâtre, de granit et de porphyre,
des restes d'aqueducs, une bague en or à double anneau, une
agathe-onyx ayant servi de sceau et représentant en creux un
soldat Romain, des fragments de statuettes en bronze, des
monnaies de tous les empereurs, jusqu'au fils de Constantin
compris, une médaille de Faustine, une autre en or à
l'effigie de Néron, dont le revers ayant la légende le
mot "Custo", représente un personnage assis, le jambes
croisées, une pièce d'argent de l'empereur Antonius Pius,
et enfin une médaille au type de
Nimes, empreinte des deux têtes d'Auguste et
d'Agrippa, d'un coté, et du crocodile égyptien de
l'autre, avec les mots Col. Nem. séparés par un palmier.
Parmi les inscriptions, nous citerons celle gravée sur une
pierre qui a la forme d'un autel païen et sur laquelle on croit
lire "BENVSAE MIVCENI F" que Monnier traduit "
Aux mânes de Benusa", fille de M. Lucenus et une
autre où on lit "JVJII SVRLE", en beaux caractères
romains.
Le temple bâti en l'honneur de Junon,
était sur l'éminence de Terra; c'est là qu'on a trouvé le
pied d'une statue de femme, en bronze, attaché à un fragment du
piédestal qui la supportait, et un joli bras de bronze, ayant
des formes correspondantes à celles du pied. Ce monument était
somptueux, à en juger du moins par les morceaux de marbre blanc,
ornés de moulures sculptées, qu'on trouve sur son emplacement.
Jeurre du être dévasté
une première fois par le barbares, en 357, car les médailles
qu'on trouve en si grand nombre sur son territoire, s'arrêtent à
cette époque. Il se reforma probablement après les victoires de
Julien. Ce qui le ferai supposer, c'est l'auteur anonyme
de la vie des Saints Romain, Lupicin et Oyan,
qui écrivait au VIème siècle, dit positivement que
Saint Romain se retira dans les déserts voisins de la ville
de Jeurre, "Vicinas
Jurensium villae,silvas intravit" L'hermitage que ce saint
construit à Saint Romain
de Roche est en effet tout prés de
Jeurre. On a vu que du
temps de Saint Oyan, plusieurs familles patriciennes
habitaient encore Condes;
il en devait être de même de
Jeurre. De 725 à 732, les Sarrasins firent
plusieurs irruptions dans la Bourgogne. C'est probablement alors
que Mauriana, Jeurre et Condes, furent
détruits. Ce fait parait résulter de la légende de la vie de
Saint Marin, que nous analyserons à l'article
Moirans. Après
l'expulsions des Sarrasins,
Jeurre se rebâtit de nouveau. Il figure parmi les
possessions de l'abbaye de
Saint-Oyan de Joux, sous le nom d'ecclesia de
Juriaso, dans le diplôme de l'empereur Frédérique
Barberousse, de l'an 1184 ou 1185
Seigneurie :
Jeurre dépendait en toute
justice de la partie de la terre de Saint Claude, dite de
la grande Cellererie, propriété de l'abbé. Les sujets étaient
main-mortables, taillables et corvéables. Ils devaient les
lods sur les mutations d'immeubles, à raison du quart du prix,
des cens en argents et en grains, affectés sur chaque meix,
outre ceux dus par la communauté en corps, appelés "Drolis".
La dîme se percevait à raison de onze gerbes l'une pour le
froment, et de une gerbe sur seize pour les menues graines,
L'abbé avait la chasse et la pêche exclusives, ainsi que les
autres droits attachés à sa qualité de seigneur haut justicier,
tels que la banalité des moulins et du four. Le droit de
construire des moulins, foules et battoirs sur la Bienne
et le ruisseau d'Héria, fut accensé à plusieurs
particuliers, dès l'an 1350 à 1753.
Prévoté : La prévôté de Jeurre
comprenait Jeurre, Douvres et Grand Châtel.
Elle fut possédée d'abord par une famille qui prit le nom de
Jeurre et ensuite par
celle des Prost.
Fief de Jeurre: La famille de
Dortans possédait un fief à
Jeurre, qui ne consistait qu'en une maison
seigneuriale, isolée des autres habitations par des chemins, en
un jardins contenant une chapelle, près du cimetière, en champs,
près et bois. Philippe, Catherin et Philibert
de Dortans en firent hommage à Pierre de la Baume,
abbé de Saint Claude en 1535.
Seigneurie d'Epercy, Le village
d'Epercy, désigné dans
les titres sous les noms de Esparcis, des Parcins, Esparcisis,
Esparcins, Esparcey, est très ancien et avait au moyen âge un
port très fréquenté, sur la Bienne. C'était une terre en
Franc-alleu, enclavée dans la terre de Saint Claude, mais
dont les seigneurs ne relevaient que de Dieu et de leur épée.
Ses premiers possesseurs en portaient le nom. La veille des
calendres de mai 1251, Guillaume, fils de feu Hugues
de Esparcis, du consentement de Aymon de Esparcis,
son oncle, vendit à Humbert, Abbé de Saint Oyan, et à son
couvent, l'avenerie et la panneterie que lui
devaient les habitants de Jeurre(
de Juerro) de Douvres
et de Grand Serve (de
Grandi-Silva) pour le droit qu'il leur avait concédé de
faire des essarts et de couper du bois dans ses forêts. Il leur
céda en même temps les meix et les hommes qu'il possédait à
Vaux (Apud Valles),à
Chiria(Apud
Chyriacum),et ses prétentions sur la morte de
Lavancia. Au mois de
décembre 1261, Aymon Guillens de Valoyre(La Valière),
damoiseau, bourgeois de Nantua, et Agnés, fille de
Guillaume de Esparcis, son épouse, vendirent à Guillaume
de L'Isle, pour 38 livres 5 sols de Vienne, le Maix d'Esparcis,
situé à Sièges,
Franc-Alleu, avec les coutumes, services et usages en
dépendant, ainsi que ses droits sur
Ruent(Rhien) et
Lavencia. Au mois de mars
1271, Guillaume de L'isle de Martigna, chevalier, céda à
l'Abbé et aux religieux de Saint
Claude , les choses précédentes contre les droits
qu'ils avaient dans la paroisse de
Dortans, les redevances
ecclésiastiques seules exceptées. Au mois d'août 1280, l'abbé
Guy, continuellement harcelé par ses moines, qui lui
réclamaient certaines réfections de gros poissons du lac de
Genève et différentes autres redevances, ne trouva d'autres
moyen pour les calmer, que de leur céder les villages de
Chanon,
Lavancia,
Rhien,Sièges,
ses droits à Epercey
et dans toute la paroisse de
Dortans, avrec la justice haute, moyenne et basse,
les champs, les près, les forêts, les hommes, les usages, les
tâches, les dîmes et le pâturages qui en dépendaient. Au mois
d'octobre 1296, l'Abbé Etienne de Villards et son
couvent, désirant retirer le château de
Moirans des moines
d'André Chatard, Châtelain d'Arben, auquel ils avaient été
obligés de l'engager pour avoir 2000 livres viennoises, dont ils
avaient un besoin urgent, damoiseau, de leur prêter 1000 livres
pour les aider à faire ce remboursement, et lui engagèrent
Lavancia et ce qu'ils
avaient à Sièges, à
Epercy, à
Rhien, et dans la
paroisse de Dortans.
Ce ne fut que le 11 décembre 1421, que les religieux purent
racheter ces terres. La seigneurie principale d'Epercy
continuait malgré toutes les conventions précédentes, à rester
entre les mains de la branche aînée de la famille d'Epercy.
Elle se passa par acquisition de
Michaille, de 1320 à 1340. Ce gentilhomme eut deux
fils de Poly de Viry, son épouse, Pierre et
Nicod. Béatrix, fille de Guillaume de Châtillon,
seigneur de chapelle, épousa Louis de Châtillon, seigneur de
Colaillon et institua son mari pour son héritier universel.
Louis donna moitié de la terre d'Epercy au
religieux de Saint-Oyan, et transmit l'autre moitie à
Philibert et François de Châtillon, frères, ses neveux. Ces
derniers vendirent leurs droits le 17 septembre 1569, Louis
de Boisset, professeur à l'université et conseiller au
parlement de Dole. Ce
dernier poursuivit les religieux pour procéder à un partage.
Après de longs débats, les moines consentirent à vendre leur
moitié le 10 juin 1578, à M. de Boisset, moyennant une
somme de 1000 livres, et reconnurent que l'acquéreur serait
haut, moyen et bas justicier à
Epercy; qu'il aurait seul le port, le péage, le
potonnage, moitié de la rivière de Bienne vis-à-vis sa
terre, avec le droit de construirent toutes usines sur cette
rivière.
Louis de Boisset laissa deux fils, Guillaume et
Humbert. Guillaume, Sieur d'Epercy, et grand juge de
la Judicature de Beaufort,
dont il eut Louis François, prévôt de
Viry, Prospère,
religieuse au couvent de l'annonciade de
Saint Claude, et
Jeanne Marie, dame de Bellegarde en Savoie. Il était mort en
1622. Humbert de Boisset, par son testament de l'an 1637,
institua pour ses héritiers les enfants de son frère. Louis
François de Boisset s'allia à Claudine d'Ensberque, qui le
rendit père, 1 de Guillaume, tué devant
Orgelet en 1674, et
inhumé à Plaisia; 2 de
Jeanne Humberte, épouse d'Ambroise de Millet; 3
d'Hélène épouse de Jean Baptiste Billon,et de
Prospère, épouse d'Etienne de Joux d'Arlay, écuyer.
La petite fille d'Etienne de Joux a porté la seigneurie
d'Epercy en dot à
M. Renaud, subdélégué de l'intendant
d'Arbois. M. Renaud d'Epercy,
ancien préfet des Vosges, en est le propriétaire actuel.
Château : Le Château
d'Epercy, au nord du
village, occupait le sommet d'une montagne qui s'élève à pic de
tous cotés, excepté au nord-est. De ce coté, il est isolé du
reste de la montagne par un fossé creusé dans le roc vif. Il a
la forme d'un polygone, imitant un peu un parallélogramme
rectangle. Sa longueur est de 25 mètres et sa largeur de 12
mètres. A l'angle nord est s'élève une tour carrée de 15 mètres
de hauteur et de 8 mètres de coté. Les murs sont percés de
meurtrières et reposent sur le rocher.
Seigneurie de Douvres : Ce village
faisait partie de la grande-Cellererie et appartenait en toute
justice à L'Abbé de Saint Claude. Les Habitants étaient
de même condition et soumis aux mêmes charges que ceux de
Jeurre.
Eglise : La paroisse de
Jeurre se composait
de Jeurre,
Douvres et
Grand Châtel, et était un
démembrement de celle de Molinges.
Epercy
dépendait de la paroisse de
Dortans. L'église primitive avait été construite
sur les ruines et avec les débris du temple de Junon.
Elle fut détruite en 1760 et remplacée par celle qui existe
aujourd'hui. L'édifice actuel, dédié comme le précédent, à
Saint Léger, évêque d'Autun,
et martyr, dont on célèbre la fête le 2 octobre, est situé au
sommet d'une éminence qui domine tout le village. On y arrive
par une rampe d'escalier. Il est orienté et se compose d'un
clocher au coté gauche de la nef, d'une nef, d'un cœur
rectangulaire, de deux chapelles et d'une sacristie. Le clocher
est couronné par un dôme couvert en tavaillons. Les autres
parties de l'église sont voûtées en ogives et couvertes en
laves.
Château de M. Monnier : Le Château,
est bâti en 1837, est aussi remarquable par la régularité de sa
construction que par le bon goût qui a présidait à sa
décoration. Trois statues, de Grandeur naturelle, imitées de
l'antique, couronnent le fronton. Un élégant pont suspendu, en
fer et bois, met en communication la partie supérieure avec un
beau parc situé sur une colline, au pied de laquelle s'étend une
des rue du village. Cette résidence et ses alentours sont d'un
délicieux effet
Curiosité naturelle : La rivière de
Bienne coule à travers des précipices, depuis sa source
jusqu'à deux lieux plus bas que
Saint Claude; mais arrivée à
Jeurre, le bassin
s'élargie et se développe d'une manière tout à fait gracieuse.
Les rochers qui bordent la vallée sont très remarquables. Ils
sont percés de grottes, dont la plus belle est celle de
Nerbier; pendant les
grandes pluies il en sort une très jolie cascade.
Biographie : Ce village est la patrie
de Claude Bourbon, soldat de la garde impériale et
chevalier de la Légion d'Honneur, en retraite à
Epercy. C'est un Vaillant
militaire ayant fait 22 campagnes, et dont le corps est criblé
de dix sept blessures. Il fut laissé pendant 3 jours pour mort
sur le champ de bataille de
Waterloo.