l'Évêque constitutionnel Moïse du Jura

Compte tenu, d'une part, que le volume de 1888 des travaux de la Société d'émulation du Jura est épuisé et, que d'autre part, que l'article sur l'évêque constitutionnel Moïse a fait l'objet d'une publication dans ce volume, nous nous sommes permis dans le cadre de nos investigations familiales de donner ci dessous la copie du travail historique de Louis Duparchy (Louis Marie Hilaire).  

La séance du 29 janvier 1889 de la société d'émulation du Jura

la publication du texte de L. Duparchy sur cette affaire

Qu'est un évêque constitutionnel par Wikipédia

François Xavier Moïse par Wikipédia

La société d'émulation du Jura

Bibliographie générale des travaux historiques et archéologiques

 

 

MOÏSE

EVEQUE CONSTITUTIONNEL DU JURA

     1791 –1801   

Bien petit est le nombre des personnes qui ont conservé le souvenir de M. Moïse. Cela tient sans doute à ce que, pour ménager des scrupules de conscience, on s’est efforcé d’ensevelir dans l’oubli le nom de celui qui eut la mission périlleuse d’administrer le diocèse du Jura, durant les temps troublés de la Révolution. Quant à ceux qui en ont parlé, ils l’on fait avec un évident parti pris de dénigrement. Aussi nous pensons que, dans l’intérêt de la vérité historique, l’heure est venue, après un siècle écoulé, de publier une Notice biographique qui nous montre sous un jour plus favorable cette figure peu connue ou systématiquement dénaturée. Ce document est sorti de la plume de Dom Grappin, le savant bénédictin qui a contribué pour une si large part à jeter les fondements de l’histoire de notre province. Il nous offre donc toute garantie de sincérité. Cependant il nous parait utile, pour sa complète intelligence, de la faire précéder d’un rapide résumé des circonstances qui amenèrent l’élévation de M. Moïse à l’épiscopat et des évènements auxquels il prit part, sans jamais de départir de la ligne de conduite qui lui avait tracée sa conscience éclairée par une vaste érudition.

Les conséquences de l’abolition des droits féodaux, proclamée dans la nuit du 4 août 1798, devaient se faire sentir plus lourdement au Clergé qu’à la Noblesse elle-même. Depuis longtemps déjà,  celle-ci s’était vu arracher ses plus précieux privilèges et elle était préparée à faire l’abandon de ceux qui lui restaient. Tout autre était la situation du Clergé : les réformes sociales s’étaient succédées de siècle en siècle sans jamais l’atteindre et, à la veille de la Révolution, il ne connaissait encore d’autre mode d’existence que celui que lui avait fait, dans les temps reculés, le régime féodal. Depuis le puissant prélat jusqu’au desservant de la plus pauvre paroisse, tous ses membres tiraient du sol leurs moyens d’existence ; c'est-à-dire qu’ils prélevaient directement une part plus ou moins large dans les produits péniblement arrachés à la terre par le travail de leurs administrés. L’ensemble de ces prélèvements était considérables, mais la répartition en était fort inégalement faite entre les participants ; à coté des seigneurs évêques ou abbés jouissant des gros revenus de menses plantureuses, à coté des cadets de noble race pourvus de gras bénéfices, les humbles curés des paroisses rurales, ceux qu’on appelait le bas clergé, vivaient de la part bien réduite qui leur était abandonnée dans les maigres dîmes payées à regret par les paysans besogneux. Cette organisation créait ainsi dans le clergé deux partis disposés à faire un accueil bien différent aux idées nouvelles. L’un se rattachaient à la noblesse par ses origines et ses intérêts, l’autre issu du Tiers-Etat devait faire cause commune avec lui.

Et de fait, tandis que M. Rohan Chabot et ses moines luttaient avec la dernière énergie pour la maintien du plus monstrueux des privilèges, la mainmorte, on vit la grande majorité des prêtres , curés et vicaires, cordeliers et capucins, familiers et professeurs, embrasser avec ardeur la cause de la révolution naissante.

Au premier rang dans le Jura, se signalèrent l’abbé Martelet, curé de Grandvaux, les prêtres du district d’Orgelet conduits par l’abbé Champion, les chanoines et familiers de St Anatoile de Salins, les savants abbés Moïse, Jantet, Cailler, Requet, etc. L’élan fut considérable et tel que les décrets de l’Assemblée Nationale portant abolition des ordres monastiques et confiscation des biens du clergé, durent acceptés comme des mesures d’une utilité incontestable. Les ordres monastiques ne donnaient-ils pas depuis longtemps le spectacle du relâchement de la discipline et des mœurs ? Quant aux biens confisqués, détenus par un petit nombre de privilégiés, ils ne servaient le plus souvent qu’à procurer à ceux-ci une existence fastueuse peu conforme aux préceptes de la religion. D’ailleurs, la substitution d’un traitement fixe aux produits éventuels de la dîme ne pouvait que relever le caractère des curés en les soustrayant au reproche de cupidité trop souvent formulé contre eux par leurs paroissiens. Les évêques et bénéficiers firent au contraire entendre de violentes protestations et M. Rohan Chabot, usufruitier de l’ancienne mense abbatiale de St Claude, prit une part très active à la campagne entreprise contre la réforme. Pour mettre fin à ces résistances et aussi pour assurer d’une manière définitive les libertés de l’église gallicane, l’Assemblée Nationale décréta la Constitution civile du clergé ( juillet 1790), qui soumettait l’administration temporelle de l’église à l’autorité civile. Cette constitution visait principalement les points suivants :

         1° Le remaniement des circonscriptions diocésaines et paroissiales pour les faire concorder avec les divisions administratives ;

         2° Le nombre de évêques qu’elle réduisait à 83, un par département ;

         3° L’élection des évêques et curés par les assemblées populaires ;

         4° L’institution canonique enlevée au pape et son remplacement par une simple lettre de communion ;

         5° la suppression des anciens chapitres et l’institution de nouveaux chanoines devant former le conseil de l’évêque.

L’ensemble de ces mesures administratives, bien que respectant le dogme, jeta le trouble dans la conscience d’un certain nombre de prêtres. L’alarme fut portée à son comble par le décret du 27 novembre qui rendait le serment à la Constitution obligatoire pour tous les ecclésiastiques. On vit alors se produire dans le clergé français un véritable schisme : d’un coté, les prêtres qui prêtèrent le serment et qu’en appela prêtres constitutionnels, assermentés ou même avec dédain, prêtre jureurs ; de l’autre, ceux qui refusèrent le serment et qui reçurent les noms d’insermentés de non conformistes et de réfractaires. Nous n’hésitons pas à penser que les uns et les autres agissaient alors de bonne foi et croyaient servir de la meilleure manière les intérêts de la religion.

Aussi nous garderons bien de les confondre avec les mauvais prêtres, peu nombreux d’ailleurs, qui profitant du désarroi général, jetèrent le froc aux orties, se marièrent et devinrent de pires révolutionnaires.

Sans prétendre porter ici un jugement sur la Constitution du clergé, nous remarquerons seulement que les divisions fâcheuses auxquelles elle donna naissance, furent surtout le fait d’un malentendu que le haut clergé ne fit rien pour dissiper ; car les dispositions fondamentales du décret du 12 juillet furent sanctionnées, dans la suite, par le concordat de 1801. Il est donc permis de penser que, si l’Assemblée eût agi avec moins de brutalité et si, d’autre part, le pape eut fait preuve de plus de condescendance, on eût facilement évité au pays le spectacle de luttes d’excès auxquels la religion n’avait rien à gagner.

Dans le Jura, M. Rohan-Chabot, bien que lâchement abandonné par la plupart de ses chanoines, s’efforça par ses mandements et les conférences qu’il organisa, de susciter et d’exalter les scrupules de conscience des prêtres hésitants et surpris par brusque attitude d’un gouvernement jaloux d’assurer les droits de l’Etat. Les partisans de la réforme répondirent avec non moins de force et de talent. A la tête de ces derniers prirent place Le Coz, prêtre breton, qui fut plus tard archevêque de Besançon et Moïse dont les vastes connaissances embrassaient aussi bien les sciences profanes, telles que la médecine et les langues orientales, que le droit canon et l’histoire civile et ecclésiastique.

En présence du refus de M. de Chabot de prêter serment et de prendre le titre d’évêque du Jura, le Directoire du département ne put que proclamer sa déchéance et pourvoir à son remplacement d’après les règles nouvellement établies. Le prélat contraint d’abandonner son siège se retira en Suisse, d’où il ne cessa de diriger la résistance et de réchauffer le zèle des non-conformistes.

L’Assemblée chargée d’élire son successeur se réunit le 7 février 1791, dans l’église St Désiré de-Lons le-Saunier, et la majorité de ses suffrages se porta sur M. Guillot, curé d’Orchamps-en-Venne, membre de l’Assemblée nationale. Celui-ci déclina l’honneur de porter la mitre, en faisant valoir son grand âge et ses infirmités. On fut donc obligé de réunir une seconde fois les électeurs et , le 27 mars suivant, ceux-ci proclamèrent évêque du Jura M. Moïse, professeur de théologie au collège de Dole. Le nouveau prélat reçut, à Paris, en avril, l’onction sacerdotale et revint dans son diocèse. Sa première visite fut pour Dole et c’est de cette ville qu’il partit, accompagné de l’abbé Figurey, pour aller à St-Claude prendre possession de son siège épiscopal.

On trouve dans un journal de l’époque une relation pompeuse de ce voyage à travers le Jura. L’évêque constitutionnel reçut-il de ses nouveaux administrés, le long de son chemin, des témoignages spontanés de sympathie et de respect ? On dit ne dit pas ; mais ce que l’auteur du récit nous fait connaître, c’est que les pompes officielle ne lui firent pas défaut et que de Lons-le-Saunier à St-Claude, en passant par Clairvaux et St-Lupicin, acclamations, salves d’artillerie, son des cloches, chœurs de musique et escortes militaires, tout avait été mis en œuvre pour rendre triomphale la marche du nouvel élu du peuple.

Malgré cet heureux début, M. Moïse ne devait pas tarder à se heurter, dans l’exercice de ses fonctions, à de graves difficultés. Dans sa ville épiscopale même, les familiers de la paroisse lui contestent le droit d’assister à leurs offices. Dans le diocèse, plusieurs curés refusent de lire en chaire le mandement qu’il publie à l’occasion de la Constitution et de son avènement. Tous ces prêtres sont remplacés et leur traitement est supprimé ; mais les sévérités du Directoire ne font qu’accentuer la discorde. Si les non-conformistes sont traités en perturbateurs de l’ordre, s’ils sont bannis de leurs anciennes paroisses et tenus de s’en éloigner au-delà de plusieurs lieues, ces rigueurs prennent aux yeux de leurs partisans les apparences d’une véritable persécution.

Dès lors, le schisme divise non seulement les pasteurs, mais aussi les fidèles. Les amis de la Constitution ne reconnaissant que les curés légalement investis, veulent que force reste à la loi. Pour ceux qui sont restés attachés à leurs anciens pasteurs, les prêtres constitutionnels ne sont que des intrus, nous dirons presque des suppôts de Satan. Les conflits ne tardent pas à éclater ; les paroisses s’arment les unes contre les autres, les habitants d’un même village se séparent en deux camps, les familles mêmes de divisent ; c’est la guerre civile et la religion de paix et de charité devient le prétexte de haines et de représailles.

L’honneur de M. Moïse fut d’avoir su conserver, au milieu de ces violences, une modération qui fit souvent défaut à ses adversaires. Tandis que ceux-ci troublaient le pays par leur insubordination aux lois, Moïse, uniquement préoccupé de l’intérêt supérieur de la religion, s’appliqua à réorganiser l’administration de l’église sur les bases fixées par les décrets : c’est ainsi qu’il procéda à la délimitation des nouvelles circonscriptions paroissiales et qu’après avoir composé son Conseil épiscopal, il fonda, à St-Claude un séminaire destiné à combler les vides si nombreux laissés par l’éloignement des insermentés. Les vicaires chargés de l’assister dans ses travaux furent MM. Répécaud, de Salins, Marlet, d’Ornans, Plumey, d’Arbois, Vernerey, de Luthier, Servois, du Mont-de-Laval, Rosset, de St-Claude. A MM. Vernerey et Plumey fut spécialement confiée la direction du séminaire ; MM. Marlet et Rosset administrèrent la cure de St-Claude et celle du Voisinage qui était fort étendue.

Cependant la révolution suit sa marche fatale. A la Constituante si féconde en réformes utiles a succédé l’Assemblée législative impuissante à maîtriser l’anarchie, au-dedans, tandis qu’au dehors, nos héroïques volontaires tiennent à l’Europe coalisée. La parole est aux clubs et le règne de la terreur commence ; 1792 s’achève dans les massacres, dans l’effondrement général de 1793/ la religion semble un instant sombrer. Les églises pillées et souillées servent de lieux de réunions aux assemblées populaires et leurs voûtes retentissent des motions les plus sauvages. Les prêtres réfractaires sont traqués au même titre que les aristocrates et les émigrés.

Enfin, avec la Convention nationale, la République est proclamée et le gouvernement révolutionnaire fait table rase de tout ce qui, de près ou de loin, rappelle l’ancien régime. Alors une dernière exécution restait à faire devant laquelle on avait jusqu’à ce jour reculé : Dieu lui-même est déclaré déchu et désormais il ne sera plus rendu de culte qu’à la Déesse Raison. En conséquence, tous les signes extérieurs de la religion chrétienne étant abolis (8 octobre 1793) les croix sont partout renversées et les prêtres devenu inutiles sont sommés de renier leur foi. Un grand nombre de ceux-ci terrorisée par le spectacle des exécutions qui inondent l’échafaud de sang des patriotes les plus purs, se hâtent de résigner leurs fonctions ; quelques-uns seulement, imitant l’exemple de Gobel, archevêque de Paris, consentent à rendre leurs lettres de prêtrise. On ne peut les excuser sans doute, mais nous souhaitons que ceux qui les flétrissent, n’aient pas à traverser d’aussi terribles épreuves : le spectacle qu’ils nous donneraient ne serait peut-être pas plus édifiant.

Ces fureurs impies n’ébranlèrent pas la fermeté de M. Moïse. Immuable dans ses convictions, l’évêque du Jura déploya pour la défense de la religion attaquée dans ses dogmes fondamentaux autant d’énergie qu’il en avait mis au service de la réforme administrative du clergé. Déjà il s’était élevé avec Coz et Grégoire contre le mariage des prêtres : les décrets iconoclastes de la convention trouvèrent en lui un adversaire résolu.

Le représentant Lejeune , alors en tournée dans le Jura (mars 1794), rendu furieux par la résistance de l’évêque et de son entourage, prend la résolution de se transporter en personne à St-Claude et de Frapper de terreur les récalcitrants par une de ces monstrueuses impiétés qu’il devait renouveler plus d’une fois dans la suite et en d’autres lieux. Dans la nuit de 10 au 11 mars, à la suite d’une orgie, le farouche conventionnel se fait apporter la châsse renfermant le corps de St-Claude. Ses mains sacrilèges en retirent la relique vénérée depuis près de onze siècles et la livrent aux flammes.

Cette profanation ne produisit pas sur Moïse l’effet que son auteur en avait attendu ; il ne courba pas la tête et, le lendemain, 12 mars, Lejeune signa l’ordre d’arrestation suivant :

« Considérant que les citoyens Moïse et Répécaud, ci-devant évêques (Sic) nous sont dénoncés comme des hommes qui ont été les plus infatigables instruments des troubles du Jura ; qu’ils ont favorisé de tout leur pouvoir de déchirement de la France et la destruction de la liberté, en secondant la révolte criminelle des administrateurs du département ; considérant qu’ils deviennent dans cette commune un sujet de discorde et de division et qu’ils y soufflent dans les ténèbres les fureurs du fanatisme ; qu’il importent au bonheur et à la tranquillité des citoyens qu’ils en soient écartés et qu’ils rendent compte de leur conduite politique dans ces derniers temps ; ordonnons que le citoyen Moïse, ci-devant évêque et Répécaud, seront mis sur le champ en état d’arrestation et conduits dans la maison d’arrêt de Lons-le-Saunier. »

En exécution de cet ordre, M. Moïse fut amené à Lons-le-Saunier et enfermé dans la prison de Cordeliers. Là, il se résolut, le 17 mars, à donner volontairement sa démission d’évêque du Jura que Lejeune n’avait pu lui arracher huit jours auparavant :

« Après avoir fait tous mes efforts pour servir la patrie et pour propager l’esprit républicain, je déclare, écrit-i,, que la démission de l’évêque du Jura que je ne crus pas pouvoir faire le 22 ventôse (11 mars) dernier, sur un ordre du représentant du peuple, je crois aujourd’hui pouvoir la faire volontairement, parce que les circonstances actuelles rendent l’exercice de mon ministère inutile à la religion et à la patrie. En conséquence je donne ma démission pure et simple de l’évêché du Jura et je promets de n’exercer aucune fonction ecclésiastique, à moins que la république ne me donne l’ordre ou la permission expresse de les exercer.

A Lons-le-Saunier, etc…., -Signé : Fr.- Xav. Moïse, républicain français, ci-devant évêque du Jura »

Dans cette lettre, évidemment écrite le couteau sur la gorge, à coté d’une profession de républicanisme qui ne saurait nous étonner de la part d’un esprit aussi libéral que celui de M. Moïse, il respire encore une certaine indépendance : l’évêque consent à résigner entre les mains de l’autorité les fonctions dont celle-ci l’avait chargé ; mais il entend rester prêtre et de caractère, personne ne pourra le lui arracher.

Les constitutionnels suivirent alors presque tous l’exemple de leur chef et les plus compromis d’entre eux allèrent le rejoindre en prison.

Celles de Lons-le-Saunier ne tardèrent pas à regorger de détenus de toutes catégories, aristocrates et fédéralistes des deux sexes, prêtres constitutionnels et réfractaires, tous également suspects et confondus dans la même proscription. Il devenait urgent d’en transférer ailleurs une partie ; aussi le 28 mars, un convoi d’une centaine de ces malheureux, au nombre desquels se trouvait M. Moïse, fut formé et dirigé sur la prison des capucins de Besançon. Ils firent le voyage enchainés et bien escortés, dans des voitures à ridelles garnies de paille et ils eurent à subir le long de la route, notamment à Quingey, les menaces et les insultes des sans-culottes.

Un de leurs compagnon de captivité, l’abbé Lambert, prêtre réfractaire, ancien aumônier de la duchesse de Penthièvre, a laissé une relation de ces évènements dans laquelle noud relevons cette appréciation, peu suspecte, du caractère de M. Moïse : 

« Par notre réunion avec les prisonniers des Cordeliers, le clergé constitutionnels de trouva considérablement renforcé. Nous avions même avec nous son chef, l’évêque Moïse. Celui-ci avait bien consenti à se démettre, entre les mains de la nation, de la nation, du diocèse du Jura, parce que c’était la nation qui le lui avait confié ; mais il avait refusé avec beaucoup de fermeté ses lettres d’évêque, c'est-à-dire l’abjuration de son état. »

Et plus loin :

« Je vivais avec nos prêtre constitutionnels sans les éviter, comme sans les rechercher ; et quand la conversation portait sur les objets qui nous divisaient, j’articulais clairement et en peu de mots ma façon de penser, mais de manière à éviter les longues discussions. J’en usais de même avec leur évêque Moïse, qui méritait des égards particuliers par des connaissances au-dessus de celles du clergé de la province….. Moïse unissait à une érudition étendue un esprit systématique et hardi, et je ne m’étonne pas qu’il se soit jeté dans la révolution. On m’a assuré qu’il écrivait mal ; moi, je puis assurer qu’il parle bien, et qu’il faut se précautionner contre lui quand on l’écoute. Je lui ai rendu quelques services réels, qu’il à probablement ignorés. L’opinion parmi nos détenus n’était pas favorable au clergé constitutionnel ; notre jeunesse cherchait à s’égayer aux dépens de cette grandeur et de ses prêtres ; on se disputait à qui leur jouerait le plus de tours et leur dirait les choses les plus piquantes. J’obtins souvent qu’il fut traité plus dignement et plus décemment. »

Enfin la révolution a atteint son maximum d’intensité. La mesure des représailles que le peuple croyait devoir exercer sur la vieille société, est comble. Une détente va se produire. Du culte de la Raison, incarnée dans quelque belles filles, on sent le besoin de revenir au déisme : Robespierre invente l’Etre suprême. Puis ce mouvement de réaction s’accentue après le 9 thermidor. Un calme apparent succède à l’exaltation et aux fureurs sanguinaires. La religion reprend peu à peu sa place dans les cœurs bouleversés par les sacrilèges commis. Les prisons rendent à la liberté les prêtres et les suspects. Tandis que les constitutionnels reprennent possession des églises rendues au culte, les réfractaires rentrent de toutes parts à travers les frontières ou sortent de leurs cachette : c’est de nouveau l’antagonisme et la lutte. Désormais le gouvernement semble se désintéresser des choses de la religion et laisse aux prises assermentés et réfractaires, sans intervenir. Pourtant, en, 1797, le Directoire s’alarme de l’empire que les non-conformistes reprennent sur les populations, empire dont ils abusent pour battre en brèche les institutions existantes et remettre en question les plus précieuses conquêtes de la révolution, il doit sévir de nouveau, mais par des proscriptions et non, comme en 1793, par des moyens sanguinaires. Cet état se prolonge sous le Consulat, Jusqu‘au jour où Bonaparte, premier consul, après avoir rétabli l’ordre au-dedans et la paix à l’extérieur, entreprend de réconcilier la France avec la papauté et conclut le célèbre concordat de 1801.

Pendant ces dernières années, M. Moïse, qui, en sortant de prison, s’était d’abord retiré au Gras, près de Morteau, reprit le gouvernement de son diocèse et, tout en prodiguant aux fidèles les soins spirituels qui leur avaient longtemps fait défaut, continua à travailler au triomphe de l’église constitutionnelle. C’est ainsi qu’il adhéra à deux lettres encycliques publiées, à Paris, en 1795, par plusieurs de ses collègues dans le but de ramener à eux les fidèles et que, le 15 novembre 1797, il assista à un concile national. Plus tard, après avoir participé à un concile métropolitain, à Besançon, il réunit, à Salins, le 5 août 1800 un synode diocésain dans lequel il fit un important rapport sur l’état de l’église gallicane dans le Jura. « On y apprend dit l’abbé Richard, qu’il administra le sacrement de confirmation à plus de 13000 fidèles, tant dans le département du Jura que dans celui du Doubs ; Mais que les prêtres insermentés traversèrent ses desseins et que la division régna parmi les fidèles comme parmi les pasteurs. Moïse déplore les désastres de la République, en flétrit les excès et remercie Bonaparte d’avoir rendu la paix à l’église gallicane, en renversant le despotisme du Directoire. »

M. Moïse fut l’âme du concile contradictoire convoqué à Paris, en juin 1801, dans le but d’amener la réunion des deux fractions du clergé français. On sait que la brusque  conclusion du concordat mit fin à ce concile auquel les non-conformistes avaient d’ailleurs refusé de prendre part.

Touts les évêques, aussi bien les orthodoxes que les constitutionnels, furent considérés comme démissionnaires. Ceux de ces derniers qui ne furent pas pourvus à nouveau d’un siège, reçurent de l’Etat une pension de 3600 fr. M. Moïse avait d’avance refusé une nouvelle investiture ; il redevint simple prêtre et fut nommé chanoine honoraire de la métropole de Besançon. Puis il rentra définitivement à Morteau pour y terminer ses jours dans la retraite et l’étude

 

L. Duparchy

 

 

 

Evêque constitutionnel

En France, un évêque constitutionnel est un évêque catholique issu du clergé ayant prêté le serment de la Constitution civile du clergé entre 1791 et 1801 ou un évêque de l'Ancien Régime ayant prété le serment.

Les évêques constitutionnels sont souvent des prêtres ayant des idées gallicanes et partisans, plus ou moins modérés, de la Révolution française. Ils sont élus par le même corps électoral que les députés de la future Assemblée législative. On peut noter que l'intitulé de leur évêché n'est pas « évêque de... » avec le nom du siège épiscopal, comme auparavant, mais ils portent le nom du département correspondant à leur évêché, suite au redécoupage des évêchés selon les limites des départements créés en 1790.

Les évêques constitutionnels ont organisé en 1797 et 1801 des conciles nationaux, afin de marquer leur indépendance vis-à-vis du pape.

Lors de la signature du concordat de 1801, le pape Pie VII et Napoléon Bonaparte demandèrent aux évêques constitutionnels comme aux évêques d'Ancien Régime restés réfractaires à la constitution civile du clergé de démissionner de leurs sièges épiscopaux, afin de procéder à de nouvelles nominations. Sur 94 évêques d'Ancien Régime, 36 refusèrent leur démission forcée. Ce fut l'origine du schisme de la Petite Église. Les 50 évêques constitutionnels en poste acceptèrent finalement de démisssionner mais plusieurs refusèrent de signer des formules de rétractation, parmi eux, Henri Grégoire, évêque de Loir-et-Cher.

 

 

François Xavier Moïse 1742 - 1813

François Xavier Moïse, né le 12 décembre 1742 aux Gras (Doubs) et décédé le 7 février 1813 à Morteau, fut un homme d'Église.

Ordonné prêtre en 1766 pour le diocèse de Besançon, et docteur en théologie, il enseigne à Dole.

Gallican, proche de l'abbé Grégoire, Moïse prête serment à la Constitution civile du clergé et est élu évêque constitutionnel du Jura le 30 mars 1791, et sacré à Paris.

Bien qu'acquis à la Révolution, il est inquiété durant la Terreur. Il est arrêté le 17 mars 1794. Libéré six mois plus tard, il se retire dans sa région natale. En 1795, il revient à Saint-Claude et tente de ranimer la vie religieuse dans son diocèse. Il participe aux conciles nationaux de 1797 et de 1801.

Lors de la signature du Concordat de 1801, il se soumet et se retire dans sa famille.

 

 

 

La Société d'émulation du Jura

est une création de la Préfecture du Jura en 1817, dont le Préfet est statutairement président d'honneur. C'est la plus ancienne association encore en activité dans le département du Jura. Elle a poursuivi ses activités depuis cette date ( sauf sous la partie « autoritaire »  du Second Empire ). Elle a été revivifiée en 1948 par Jean Brelot et Gustave Duhem.

Association loi 1901, reconnue d' Utilité Publique en 1952, fixée à Lons, mais couvrant tout le département, entretenant des liens avec les autres société locales départementales (un correspondant à Saint-Claude, Dole, Poligny, Salins, Saint-Amour, etc ), mais aussi avec les sociétés correspondantes françaises et étrangères (Suisse, Belgique, Angleterre, Canada, USA ) et dans le cadre du C T H S.

Elle réunit en son sein toutes les personnes qui s'intéressent à l'histoire de notre département : histoire au sens large , de l'antiquité à l'époque contemporaine, de l'ethnologie au patrimoine, de l'histoire religieuse à l'histoire militaire, à celle des idées et des règlements, sans exclusive politique ni cultuelle, dans le respect des idées de chacun.

La cotisation annuelle est de 20 euros.

Son activité consiste en la présentation chaque mois en réunion publique de deux communications, par des auteurs qui ont étudié leur question, et à qui on demande uniquement de présenter un travail neuf, et pas une compilation. Ces présentations ont lieu aussi bien à Lons-le-Saunier que dans les autres villes du département.

Par ailleurs, elle assure la publication en principe annuelle des Travaux présentés , et ceci régulièrement depuis 1817 ! Ce qui constitue un remarquable fond de connaissance et d'érudition mis à la disposition de tous.

Adresse postale : Société d'émulation du Jura

BP 50822

39008 Lons-le-Saunier Cedex

socemuljura@free.fr

tél. 03 84 47 20 33

 

 

Bibliographie générale des travaux historiques et archéologiques

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